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Petits cailloux : les vélos de ma vie

Publié le

1984

Je l’ai trouvé sous le sapin avec une paire de baskets rouges à rayures blanches. Je le roulais avec mes petites roues sur la pénétrante une petite route de campagne protégée au bord de la nationale et dans la cour de la maison. On était toute une bande de gosses du même âge, et c’était à qui roulerait sur deux roues le premier. Je ne me souviens pas avoir gagné, mais je me souviens que, le jour où j’ai su rouler toute seule, j’étais fière. J’ai gardé mon vélo bleu Goodfried jusqu’à ce que je grandisse trop.

1987

Déménagement, premier vélo de grande. Blanc, des pneus tous fins, fin, féminin, un bel oiseau cantonné dans mes souvenirs aux limites de la maison, parce que la route départementale était dangereuse. Et puis, ma foi, c’était le temps de l’école à pieds.

Années 90.

Une succession de VTT anonymes et fluos.

Déjà, la monture nécessaire pour aller de village en village pour rameuter les copains et faire une rando barbecue au sommet de la Gosse. Le challenge ultime était de grimper jusqu’à la station de ski de fonds en souffrant mille morts et de descendre en cascadant dans la forêt. Gros souvenirs de tendinites, causées par les vibrations qui se répercutaient des mains crispées sur le guidon aux épaules. Curieusement, aucun accident à déplorer, on était téméraires, mais prudents.

2000

Lasse des transports en communs pour aller à la fac, je demande à mon père de me retaper le vélo de course de mon grand père paternel, vélo jugé moche et donc moins attirant pour les supposés délinquants de la grande ville. Un peu frileuse au début, je ne l’utilise que par beau temps, mais je deviens rapidement accro.

Dans mon souvenir, c’est une épave, il freine mal, il n’a aucune lumière, les pneus crèvent sans arrêt, mais c’est mon vélo, on est en train de devenir copains. Je regrette beaucoup de ne pas l’avoir gardé aujourd’hui.

2002

Premier CDI, Je revends le vélo du grand père (idiote !) et j’investit une petite fortune dans un VTC de compétition qui va me servir à aller travailler tous les jours, par tous les temps.

Je ne m’en rends pas encore compte, mais je fais partie de ces gens encore farfelus à cette époque qui choisissent de ne se déplacer qu’à bicyclette.

Sans en faire un acte militant, je trouve ça parfaitement normal : j’ai toujours détesté marcher, je déteste encore plus les transports en commun, et mon appartement n’est qu’à 10mn de mon lieu de travail, il serait ridicule de ne pas y aller en vélo.

2007

Je comprends que le vélo est indispensable à ma vie pendant les trois longs mois de convalescence après mon opération du ménisque. Je n’ai pas eus mal, la rééducation s’est faite correctement, j’ai retrouvé toute ma mobilité, mais j’étais complètement déprimée de ne pas pouvoir pédaler.

Durant ces 5 dernières années, non seulement j’ai parcouru en long et en large ma ville du haut de ma selle, mais en plus, je crois que c’est ainsi que j’ai appris à l’aimer. J’ai acheté deux autres vélos pour faire encore plus de kilomètres, encore plus loin, encore plus longtemps.

Je déménage encore, je manque de place dans mon petit appartement, il faut me séparer d’une monture, ça me brise le coeur à chaque fois.

2009

Cette année a été rude, je fais plus de 60 kms par semaine pour me transporter d’un campus à un lieu de stage, j’ai perdu dix kilos, mais la vélothérapie est bien là, ces trajets sont mes sas de décompression avant d’entamer des journées où je dois rester concentrée en permanence et donner le meilleur de moi même.

Sur mon vélo, je me sens libre. Je commence à accoupler systématiquement musique et vélo, ça me semble aller de pair.

Au début de l’été, je fête mon diplôme et on me vole cette vieille monture épuisée. Nouveau départ, nouveau VTC.

Maintenant, pas mal de gens m’associent au vélo. Je convertis les copains, les copines, je photographie les vélos qui me plaisent. Un petit résobike se crée autour de moi et ça me plait drôlement.

2012

J’ai de plus en plus d’accidents. Mon vélo a pas mal morflé l’année dernière, et moi aussi.

J’étais une cycliste jusqu’ici plutôt sereine, plutôt heureuse, plutôt peinarde. Je le suis toujours, mais depuis quelques mois, ce n’est plus un simple moyen de transport pratique pour moi, c’est dans mes jambes, c’est dans ma tête. Parfois quand je suis sur mon vélo, j’ai l’impression qu’il obéit comme un cheval à la moindre pression de mes muscles. On ne fait qu’un, on a confiance l’un en l’autre, on est solides tous les deux.

Résultat : quand on fait du mal à mon vélo, c’est moi qui souffre et qui pleure. Quand on m’empêche de passer, quand on remet en cause mon droit à circuler à deux roues, c’est moi qu’on agresse et je rends coup pour coup.

Je ne crois pas que ma façon de pédaler soit en cause, car j’ai dix ans d’expérience à la circulation urbaine, et les risques que je prends sont calculés. Je roule bien et de manière efficace. Et ces connes de bagnoles sont folles de rage.

Je crois que je deviens vélorutionnaire.

À propos de Chulie

Alsacienne Corsaire, Cycliste Dev. Dur, Cheveux indépendantistes, Lave linge sous Linux, Mutante numérique, Subversive mine de rien, Kinks and Clash.

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  1. Ils sont si bien tes articles que ça me donnerait presque envie de sortir mon vélo… mais le vélo c’est trop rapide pour moi, je suis lente à regarder, il me faut le doux balancement de la marche pendant que mes yeux furètent…
    Tu devrais écrire des choses plus longues, je suis toujours frustrée quand ton texte arrive à sa fin. J’aime ton écriture qui perce si bien les sentiments et les sensations.

    Réponse
    • Je ne suis pas d’accord avec toi Larkéo, le vélo peut être lent, faisant la piste buissonnière, prenant le temps de regarder par dessus les murs et les haies, reniflant les moult parfums du chemin…

      Réponse
      • je suis lente, très lente même…dans les côtes ! La conduite m’absorbe trop, mal au fesses et aux mollets, j’aime le vélo mais…pédalé par les autres !
        *partisane du moindre effort*

        Réponse
    • Tout le monde n’est pas obligé de rouler aussi vite que moi ! Et puis, moi, je n’aime pas du tout marcher, chacun son truc :)

      J’en vois souvent des Dames du Phare made in Alsace qui parcourent mon quartier à bicyclette, prudemment, en regardant grand. Elles m’émeuvent.

      Réponse
  2. Chulie, quelle mémoire, comment fais-tu pour te souvenir ainsi ? Sincèrement, je suis épatée

    Réponse
  3. Coucou Chul !
    J’ai longtemps suivi ton blog précédent, celui qui est actif par intermittence. J’aime vraiment beaucoup ce que tu écris (bien) et tes idées (qui me correspondent fort). Ce blog sur le vélo me tombe du ciel, j’y arrive presque par hasard et je m’y reconnais avec émotion. Je crois que j’en suis à ta phase 2007… Si tu veux venir à Toulouse, tu seras la bienvenue, on a un tas de bikestuff, assos, ateliers en libre service, boutiques, évènements sympas. J’espère te rencontrer un jour. <3

    Réponse
    • Comme c’est gentil Claire, merci beaucoup ! Et bienvenue, ça me fais plaisir.

      Je viendrai un jour à Toulouse, mon amie Mistigree qui est bookcrosseuse et cycliste m’en parle toujours avec beaucoup d’affection.

      Réponse
  4. J’en suis à ta phase de 2000: la fac et le vieux vélo (pour moi acheter à easycash) lassée de me faire voler mes vtt pourtant si peu confortable. J’ai appris à connaitre Paris au bout de 5 ans en empruntant mon premier vélib’ à partir du moment où je n’ai plus pris le métro, j’ai aimé vraiment cette ville.

    Réponse

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